On y suit ainsi les mésaventures d’une femme qui s’est fait ravir sa parcelle et qui lutte devant la justice pour obtenir gain de cause… depuis quinze ans. Trop pauvre pour se payer les services d’un avocat, Gorette va de bureau en bureau, telle une cousine lointaine de Joseph K de Franz Kafka, afin de faire atterrir son dossier. Mais à chaque nouveau rendez-vous, la mécanique se grippe, on lui demande de menus bakchichs, elle perd confiance.
A l’autre échelle de la justice, il y a le « député questeur » Bahati, en charge des finances de l’Assemblée nationale congolaise. Celui-là, c’est le gros poisson. Qui profite allégrement de ce système de corruption masquée, du moins le devine-t-on… mais qui reverse néanmoins au petit peuple de son village d’origine quelques oboles, destinées à lui gagner la sympathie populaire tout en préservant les pratiques clientélistes.
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| Quand un gros poisson rencontre des petits poissons, il sort quelques billets, gagne la sympathie du peuple et conforte les pratiques clientélistes © D R |
25.000 € promis, puis repris
Véritable radioscopie d’un pays gangrené par le système des pots-de-vin, Kafka au Congo sera projeté ce dimanche (18 h) au Botanique, avant d’être diffusé le 30 juin (23 h) sur la RTBF.
A l’instar de Mobutu, roi du Zaïre (Thierry Michel) et de Lumumba : la mort du prophète (Raoul Peck), récemment menacés de censure lors de festivals africains de Bruxelles et Louvain, Kafka au Congo ne plaît visiblement pas aux institutions belges. Après avoir promis (et signé) une aide de 25.000 euros pour soutenir le projet du tandem, qui a travaillé autour de Kinshasa durant près d’un an, la Direction générale de la coopération au développement a fait marche arrière et repris son argent. La raison ? « Ils nous ont assurés qu’ils aimaient le film », commente Arnaud, qui en déduit que le contexte politique, les problèmes diplomatiques depuis l’ère De Gucht ainsi que la proximité des festivités belgo-congolaises sont autant de freins à l’enthousiasme général.
« C’est dommage, observent-ils de concert. Notre intention, c’est de montrer les coulisses du pouvoir. De montrer comment l’argent circule, dans ce pays si riche sur papier, et pourtant si pauvre. Les difficultés quotidiennes liées aux effets pervers de la corruption, qui existent depuis la grande tradition mobutiste, c’est l’histoire de 60 millions de Congolais. »
Question impertinente : le système des bakchichs est au Congo un sport national. Les Congolais n’ont-ils pas fini par intégrer ce système comme un folklore identitaire ? Les réalisateurs ne le pensent pas : « Ils en sont malheureux. Ils veulent une réforme de la justice. Et que ceux qui volent et détournent de l’argent soient punis. Le problème numéro un du Congo, c’est l’impunité. Tous les autres problèmes dérivent de celui-là. »